Conference "Projet, contre projet : circulations, controverses et influences entre syndical et politique dans le débat éducatif français au XXe siècle" (French)

Event, 15 October 2026

Paris/France

L’objectif de cette journée d’étude est donc d’explorer, dans une perspective historique centrée sur le XXe siècle, les formes diverses qu’ont pu prendre la confrontation des projets éducatifs en favorisant le double prisme de la confrontation et de la circulation.

Présentation

L’école et le système éducatif ont une place particulière dans le débat politique en France. En même temps que l’école est un moyen de produire (ou de reproduire) une force de travail adaptée aux besoins évolutifs de l’économie, elle joue le rôle d’agent à la fois d’homogénéisation d’un corps social autour d’une culture commune, et de différenciation des groupes sociaux en son sein, selon une hiérarchie qui se légitime par le niveau et le contenu de la formation reçue. Mais elle est surtout intrinsèquement incluse dans des projets politiques plus généraux. Elle constitue l’interface entre les affrontements partisans, leurs fondements idéologiques et la réalisation concrète de leur programme.

L’oeuvre scolaire des républicains à la fin du XIXe siècle traduit par exemple la rupture entre les affaires publiques (l’État) et l’église catholique, appuyée sur une lecture du sens de l’Histoire comme triomphe progressif des Lumières, du savoir scientifique et positif, contre la croyance et l’obscurantisme, tout en démontrant, grâce à la gratuité par exemple, les bienfaits pour les masses d’une action politique du parti républicain au pouvoir. Sans renier ces fondements, le solidarisme des radicaux trouve dans l’école publique l’illustration de sa conception de l’échange contractuel entre intérêt public et intérêt privé. Les socialistes réformistes font de l’école unique le projet phare de leur synthèse entre lecture agonistique des rapports sociaux et visée isonomique des rapports civiques, c’est-à-dire de la relation des individus à l’État. L’aspiration au progrès social par la réduction des inégalités, le développement du « capital humain » comme nouveau vecteur de croissance, la lutte contre l’exclusion puis contre les discriminations, etc., qui occupent à divers moments le premier plan dans les projets politiques, se traduisent par des inflexions ou des réorientations des projets scolaires des partis.

Mais les forces politiques ne sont pas les seuls promoteurs de projets. Les enseignants, agents principaux de l’acte d’éducation, ont aussi, par le biais de leurs organisations syndicales, produit des discours et des projets de transformation de l’école. C’est d’autant plus le cas que ces projets servent de catalyseurs à l’affirmation de leur aspiration collective à une autonomie professionnelle, la dynamique de « professionnalisation ». La multiplication des syndicats, dont le modèle passe de l’unité corporative, emprunté à l’amicalisme, à la pluralité renforcée par l’implantation, à côté des grandes confédérations, d’organisations autonomes (FEN, devenue UNSA-éducation, FSU, Snalc…), induit aussi la multiplication des projets éducatifs au sein même du champ syndical. L’identification d’un syndicat à un projet, construit le plus souvent à partir d’une représentation particulière du rôle social de l’enseignant, des cultures professionnelles des différentes catégories, mais tenant aussi compte de leurs intérêts corporatifs, sert de moyen de légitimation des affrontements dans un secteur d’autant plus concurrentiel que la bataille pour la représentativité relative (des organisations les unes par rapport aux autres) conditionne les moyens de fonctionnement des syndicats.

Entre ces deux types d’acteurs collectifs, partis et syndicats, les relations peuvent être complexes, et ce d’autant plus que les enseignants constituent un groupe social ambivalent, distinct du monde ouvrier, base sociale a priori de la gauche d’origine socialiste, mais aussi des classes moyennes productives ou exerçant dans l’administration des fonctions de direction à divers niveaux, qui constituent la clientèle du radicalisme. Ils constituent un socle électoral solide, jusqu’à une période récente, des partis de gauche. Les syndicalistes enseignants sont d’ailleurs aussi souvent au moins jusqu’aux dernières années du XXe siècle, des militants politiques, plus ou moins investis de responsabilités dans les partis, et dont la parole peut avoir une influence dans la détermination des programmes partisans. La doctrine de l’indépendance syndicale, qui suppose que les organisations syndicales élaborent leurs orientations et leurs projets en-dehors des partis, induit plusieurs types de confrontations entre projets scolaires syndicaux et politiques : controverses et oppositions parfois, mais le plus souvent recherche de convergences ou de relais, voire élaborations non pas conjointes (bien que le cas existe, comme le Plan Langevin‑Wallon le démontre) mais susceptibles de circulation d’une sphère à l’autre.

À cela s’ajoute que le débat éducatif est aussi habité par des approches plus théoriques, qu’elles relèvent de l’analyse critique de l’état des choses ou de la construction individuelle de doctrines et pratiques pédagogiques ayant une visée réformatrice, c’est-à-dire se présentant comme modèle généralisable. La pré-existence d’une théorie de l’éducation, son développement plus ou moins autonome, avec ses propres lignes de fracture structurantes, influe sur les élaborations syndicales et partisanes souvent plus par le biais de la référence, voire de l’instrumentalisation, que de la transposition pratique des constructions théoriques.

L’objectif de cette journée d’études est donc d’explorer, dans une perspective historique centrée sur le XXe siècle, les formes diverses qu’ont pu prendre la confrontation des projets éducatifs en favorisant le double prisme de la confrontation et de la circulation.

Les communications s’intéresseront à la fois aux projets, à leur élaboration, leurs sources scientifiques et politiques, et à la mise en œuvre des réformes qui sont souvent des adaptations des projets théoriques ou des réalisations partielles, ainsi qu’à leur réception et à l’élaboration de contre-projets. Elles pourront aborder par exemple les thématiques de la démocratisation du système scolaire, de sa gestion, des méthodes pédagogiques et contenus d’enseignement, de la formation et la qualification des personnels, etc.

Leur organisation se fera autour de cinq axes chronologiques :

  • Avant la Première guerre mondiale : l’émergence du pré-syndicalisme (amicalisme) et du syndicalisme, ainsi que la structuration partisane (création du parti radical, de la SFIO...) qui modifie les formes du débat éducatif, tandis que le principe de l’école du XIXe « à chaque classe sociale son école » connaît ses premières remises en cause, tout comme les modèles pédagogiques qui y sont liés, comme en témoigne la grande réforme du secondaire en 1902.
  • L’entre-deux-guerres est marqué par le fil rouge du projet d’école unique qui connaît un début de concrétisation au moment du Front populaire. Le système éducatif est aussi transformé par des réformes démocratisantes comme la gratuité du secondaire, l’ouverture de la préparation du baccalauréat dans les lycées féminins publics, tandis que la pression pour la poursuite d’études dans les EPS ou les cours complémentaires mais aussi le secondaire, préfigure la massification à venir.

Programme

Entrée libre sous réserve d’inscription (par mail : formation.syndicale@snes.edu)

Jeudi 15 octobre 2026

9h00 Accueil

9h15 Présentation de la journée

9h30 Projets éducatifs, identités professionnelles et transformation sociale

  • Frédéric Mole (Université Jean Monnet de Saint-Étienne, Laboratoire Éducation, Cultures, Politiques) - Quelle adaptation de l’enseignement aux besoins de la classe ouvrière ? Variations, divergences, controverses (début XXe siècle)
  • Siranouch Karibian (doctorante Université Bourgogne Europe, LIRS3) - De "l’école de classe" à l’école républicaine. Les enseignants communistes sous le prisme des transformations de discours politiques et syndicaux dans l’entre-deux-guerres.
  • Hervé Le Fiblec (IRHSES) - À la jonction du syndical et du politique Le projet d’’école unique de la CGT dans l’entre- deux-guerres.
  • Patricia Legris (Université Rennes 2, Laboratoire TEMPORA) - Défendre la spécificité de la maternelle et de ses professionnelles. Le cas de l’AGIEM France, années 1920-1970)

12h00 Pause repas

13h00 Réforme et démocratisation

  • Catherine Dorison (Université de Cergy Pontoise Laboratoire EMA) - Filières et classes spéciales dans les collèges des années 1960 et 1970. Les ambiguïtés d’un apparent consensus
  • André D. Robert (‘Université Lyon II. Laboratoire Éducation, Cultures, Politiques) - “Célébration” de la réforme” et effervescence programmatique en éducation Années 1970 – 1980
  • Clémence Cardon-Quint (Université de Montpellier Paul Valéry CRISES EA 4424) - Demander des moyens ou défendre un projet ? Le budget de l’Éducation nationale saisi par les syndicats de la FEN de la signature du Programme Commun aux élections de 1986

14h30 L’école vue de droite

  • Jean-Étienne Dubois (Nantes Université, Centre Histoire Espaces et Cultures) - La mobilisation des défenseurs de l’école libre dans le département de Loire-Atlantique contre le projet Savary 1983 – 1984
  • Guy Lapostolle (Université de Lorraine LISEC EA 2310) - Les projets d’école des droites – Renaissance, Les Républicains, Rassemblement national

Lieu

  • 46 Avenue d'Ivry
    Paris, France (75)
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