Agumentaire
Nées de migrations volontaires ou forcées, les diasporas sont à la fois des communautés d’immigration ancrées dans des territoires et des communautés imaginées (Anderson, 1983), déterritorialisées. L’« espace diasporique » (Brah, 1996) est ainsi inéluctablement mouvant, contesté, façonné par des rapports de pouvoir, de genre, de race, de classe, dans un contexte postcolonial. Parce qu’elle crée des expériences de l’entre-deux, entre territoire d’origine et territoire d’arrivée, entre culture familiale minorisée et culture nationale dominante, entre ici et là-bas, la condition diasporique façonne des identités constamment renégociées et hybrides (Hall, 1990), bien plus complexes que celles dessinées par les notions d’intégration, d’exclusion ou de double culture.
Le rapport des diasporas au cinéma mérite alors une attention toute particulière, notamment parce que dans les sociétés contemporaines, les films participent aux constructions identitaires subjectives et communautaires, au prisme du national et du transnational. Naviguant dans l’entre-deux diasporique, le cinéma peut parfois être un espace de médiation entre les appartenances identitaires et un outil pour penser/panser les réalités de la migration et de l’exil. D’une part, les diasporas ont davantage intégré les récits filmiques à la faveur notamment de l’émergence de cinémas diasporiques. D’autre part, au-delà des enjeux de représentation, le cinéma est un espace de production et d’expérimentation dynamique qui fait émerger des pratiques, des acteur·rices et des écosystèmes cinématographiques modelés par les réalités diasporiques. Enfin, les publics diasporiques de cinéma ont des pratiques de réception et des formes de cinéphilie qui sont autant de reflets d’enjeux identitaires complexes.
Ces deux dernières décennies, les relations entre cinéma et diaspora ont ainsi été peu à peu étudiées dans le monde académique, notamment anglophone, mais restent encore un champ de recherche à explorer. Cette journée d’étude se veut donc une invitation à étudier les pratiques culturelles des communautés de l’immigration et de l’exil dans un contexte postcolonial, à documenter des existences diasporiques au creux de leur relation au cinéma pour permettre de décentrer le regard au-delà de l’exotisation, et ainsi de contribuer à décoloniser les recherches sur le cinéma. A l’intersection des études cinématographiques, de l’anthropologie, des sciences sociales, des cultural studies et des études postcoloniales, cette manifestation scientifique examinera les façons dont les diasporas entretiennent une relation complexe au cinéma, et les façons dont le cinéma est, en retour, bouleversé par les expériences et les expérimentations diasporiques dans une perspective transnationale, interculturelle et décentrée. Elle mettra aussi bien en lumière les pratiques de réception du cinéma chez les publics diasporiques, les récits et esthétiques des films diasporiques, que des parcours de cinéastes des diasporas, plus ou moins engagé.es dans les réseaux de production, de diffusion et de circulation à l’échelle globale.
Nous encourageons des propositions qui relèvent des axes suivants mais nous restons ouvert·es à tout autre sujet s’inscrivant dans l’argumentaire de la journée d’étude, à différentes échelles et dans divers contextes migratoires, émanant de chercheur·es, de doctorant·es, d’étudiant·es ou de cinéastes.
Axe 1 : Les diasporas, publics de cinéma
La journée d’étude s’intéressera aux diasporas comme publics de cinéma. La New Cinema History (Biltereyst et al. 2011, Kuhn 2002) a ouvert la voie des études sur l’expérience spectatorielle du cinema-going comme phénomène socio-culturel et, dans le contexte français, les travaux de Fabrice Montebello (1997) et Jean-Marc Leveratto (2010) sur les spectateur·rices lorrain·nes et ouvrier·es d’origine italienne ont été pionniers dans l’étude de la réception cinématographique au prisme de la migration. Depuis, la recherche sur les pratiques culturelles des diasporas, et plus spécialement, sur leur expérience du cinéma, reste à développer. Les propositions pourront aborder non seulement la réception diasporique des films nationaux et internationaux au sein des sociétés d’arrivée mais aussi la façon dont les cultures filmiques et les expériences spectatorielles liées aux cinémas des territoires d’origine sont transmises et appropriées au sein des diasporas. Les propositions pourront, par exemple, se focaliser sur des pratiques, des lieux ou des temporalités propres aux publics diasporiques de cinéma, tels que les formes de cinéphilie, l’émergence des fan clubs ou des projections communautaires. Il sera alors intéressant de comprendre ce que ces formes de réception diasporiques disent de la (dé)connexion au territoire d’origine, ce qu’elles révèlent des enjeux d’appartenance, de transmission et de mémoire de l’expérience migratoire vécue ou héritée dans les sociétés postcoloniales.
Axe 2 : Cinéastes et cinémas diasporiques
La journée d’étude examinera le cinéma diasporique comme espace discursif et critique privilégié sur la condition migratoire et post-migratoire. Ces films, parfois assimilés au Troisième Cinéma, se définissent comme un cinéma des subalternes, des minorisé·es, porté par des cinéastes issu·es des diasporas. Par définition, ces œuvres sont hybrides et « interculturelles » (Marks, 2000), aussi bien par les thèmes abordés, les genres explorés, les matériaux exploités que par leurs expérimentations formelles et esthétiques. Cet axe permettra d’étudier des parcours de cinéastes diasporiques, naviguant entre des récits qui puisent dans l’autobiographie, des pratiques filmiques originales ou subversives mais aussi des stratégies de visibilisation de leur travail dans un contexte national et transnational. Les propositions peuvent aussi se concentrer sur les filmographies de ces cinéastes au prisme de leurs récits, de leurs esthétiques, de leur langage visuel, sonore et musical, façonnés par l’expérience diasporique. Faisant écho à une histoire longue d’invisibilisation des réalités migratoires dans les médias de masse, les cinémas diasporiques peuvent contribuer à décentrer le regard vers les marges, et, par là même, à défier les régimes dominants de visibilité en créant un « contre-cinéma » (Wollen, 1972) diasporique qui rend visibles des vies qui n’existaient jusqu’alors ni dans le récit national, ni dans les représentations cinématographiques dominantes.
Axe 3 : Produire, diffuser et visibiliser les cinémas par et pour les diasporas
La journée d’étude sera aussi l’occasion d’étudier les acteur·rices et structures qui rendent possibles les cinémas par et pour les diasporas en les finançant, en les distribuant et en les diffusant. Cet axe permettra ainsi de mettre en lumière les écosystèmes et réseaux économiques, nationaux, transnationaux et communautaires qui donnent une visibilité aux films consommés et créés par les diasporas. Dans quelle mesure les politiques nationales de la diversité et les systèmes de financement publics créent les conditions d’existence ou, au contraire, freinent ces cinémas ? Quel rôle jouent les co-productions internationales, les plateformes et les festivals dans leur reconnaissance au sein d’industries cinématographiques ancrées dans les enjeux de récompense et de légitimation institutionnelle (Delaporte, 2022) ? Existe-t-il des contre-espaces alternatifs proposant des modes de valorisation et de visibilisation des cinémas vus par les publics diasporiques ou créés par les cinéastes diasporiques ?
Modalités de contribution
Les propositions de communications en français ou en anglais (titre et résumé de 300 mots maximum) accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique sont à envoyer avant le 15 juin 2026 aux organisatrices :
- Shakila Zamboulingame s.zamboulingame@hotmail.com
- Amandine D’Azevedo amandine.d-azevedo@umpv.fr
Les réponses seront envoyées au plus tard le 6 juillet 2026.
La journée d’étude se déroulera le vendredi 20 novembre 2026 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Les communications d’une durée de 25 minutes pourront être données en français ou en anglais.
Comité d’organisation
- Shakila Zamboulingame (Université de Montpellier Paul-Valéry)
- Amandine D’Azevedo (Université de Montpellier Paul-Valéry)
Comité scientifique
- James M. Burns (Clemson University, South Carolina)
- Clelia Clini (London Metropolitan University)
- Morgan Corriou (Université Paris 8)
- Amandine D’Azevedo (Université de Montpellier Paul-Valéry)
- Caroline Damiens (Université Paris Nanterre)
- Daniela Ricci (Université Paris Nanterre)
- Kevin Smets (Vrije Universiteit Brussel)
- Shakila Zamboulingame (Université de Montpellier Paul-Valéry)
Lieu
- Université de Montpellier Paul-Valéry Route de Mende 34090 Montpellier
Montpellier, Frankreich (34090)
Format de l'événement
- Événement hybride
Date
- Lundi 15 juin 2026
Appendice
Mots-clés
- diaspora, cinéma diasporique, culture filmique, publics du cinéma, réception cinématographique, cinéphilie, cinema-going, migration, exil, minorités, identité hybride, transnationalité, réseaux transnationaux, diffusion, distribution, société p
Contact
- Amandine D'Azevedo
courriel : amandine [dot] d-azevedo [at] umpv [dot] fr - Shakila Zamboulingame
courriel : s [dot] zamboulingame [at] hotmail [dot] com