Social and Labour History News

Women’s Labour Activism in Eastern Europe and Beyond (UCL Press)

3 months 2 weeks ago

by Selin Çağatay, Mátyás Erdélyi, Alexandra Ghiț, Olga Gnydiuk, Veronika Helfert, Ivelina Masheva, Zhanna Popova, Jelena Tešija, Eszter Varsa, and Susan Zimmermann

This collaborative monograph presents a deeply researched, inclusive history of women’s labour activism in Eastern Europe, Austria, Turkey and transnationally, from the age of empires to the late twentieth century. It explores women’s activism and organizing to improve the working conditions and living circumstances of lower-income and working-class women and their communities in the region and internationally.

Moving beyond the celebratory or partisan perspectives of many classical and some feminist labour histories, Women’s Labour Activism in Eastern Europe and Beyond provides a careful historicization of women’s actions in a multiscalar perspective. Through a study of diverse contexts, the authors follow women aligned with a wide range of political persuasions, highlighting unexpected elements and continuities of women’s labour activism. Women’s activities are seen in the workplace, in the everyday, within and across social movements and organizations, and inside the state, all presented through a framing that spotlights long-term developments and bridges the divide between the literatures on state socialist and capitalist societies concerning gendered labour politics and activism. Combining a regional focus and transnational perspectives, the authors examine the sources of women’s labour activism in the region and the role of activists from the region within international women’s, labour and inter-state organizations. Moving women’s labour activism from the margins of labour, gender and European history to the centre of historical study, the volume makes an innovative contribution to the new global histories of labour and gender.

Free download: https://uclpress.co.uk/book/womens-labour-activism-in-eastern-europe-an…
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CfP: Désinformation, paracrise et communication organisationnelle (Revue Communication & Organisation. N° 70) (French)

3 months 2 weeks ago

Bordeaux/France

La désinformation, sous ses formes multiples, transforme sensiblement les pratiques communicationnelles des organisations et fragilise la confiance de leurs parties prenantes. La multiplication des fake news, des paracrises qu’elles alimentent et des usages stratégiques de la communication trompeuse (greenwashing, socialwashing) interroge la capacité des organisations à construire des réponses adaptées et durables. Ces enjeux se rattachent à la problématique plus large de la sécurité informationnelle. Les attaques réputationnelles, les cybermenaces et la désinformation mettent en évidence le rôle central des logiques de gouvernance et de la culture informationnelle dans la construction d’une véritable résilience organisationnelle. Le dossier thématique de la revue Communication & Organisation propose d’explorer ces phénomènes en mobilisant des approches théoriques, méthodologiques et empiriques.

Argumentaire

La communication des organisations est confrontée à une mutation profonde de son environnement, caractérisée par l’accélération numérique et l’érosion de la confiance institutionnelle. Dans ce contexte, la désinformation s’impose comme un enjeu important de la gouvernance communicationnelle contemporaine. Elle renvoie à l’ensemble des pratiques de production, de diffusion ou d’exploitation d’informations fausses, trompeuses ou manipulées, susceptibles de compromettre la réputation des organisations et de fragiliser la relation de confiance qu’elles entretiennent avec leurs parties prenantes. Diffusée sans intention de nuire, la mésinformation se distingue de la désinformation, produite à des fins malveillantes (Wardle & Derakhshan, 2018). D’abord cantonné aux sphères politiques et médiatiques, ce phénomène touche désormais directement les organisations, dont il fragilise la réputation (Jahng, Lee & Rochadiat, 2020), la légitimité et l’intégrité opérationnelle (Karinshak, 2023, Eze et Zacky-Eze, 2025).

L’essor de l’IA, des bots et des deepfakes accroît encore la sophistication de ces pratiques et complique leur détection (Ferrara, 2017 ; Shao et al., 2018 ; Chesney & Citron, 2019). Amplifiées par les bulles de filtre (Pariser, 2011) et les chambres d’écho, ces dynamiques nourrissent un régime de post-vérité où les émotions et les croyances dominent les faits (Keyes, 2004) et structurent les processus de perception et de réception de l’information (Ahmadi et Soulages, 2025).

La désinformation, majoritairement étudiée dans le champ du journalisme à travers les travaux sur le fact-checking (Bigot, 2019), la communication politique, la gestion ou encore l’informatique, notamment à travers la conception d’algorithmes de détection des contenus trompeurs, tend à être recontextualisée, aujourd’hui, dans les problématiques organisationnelles liées à la gouvernance de l’information. Elle représente un obstacle sérieux à la légitimité de l’organisation.

Par ailleurs, certaines entreprises exploitent les réseaux sociaux pour afficher des engagements sociétaux, recourant parfois à des stratégies trompeuses comme le greenwashing (Delmas & Burbano, 2011 ; Kim & Lyon, 2015) ou le socialwashing (Baker et al., 2024), qui minent leur légitimité (Xu et al., 2025). Le greenwashing illustre une forme de désinformation organisationnelle reposant sur des communications sélectives ou trompeuses de la performance environnementale (Cordelier, 2020 ; Szabo & Webster, 2021). La revue de la littérature scientifique sur les fake news et la désinformation dans le contexte des organisations révèle un champ de recherche en développement, mais aussi fragmenté. Ce phénomène a surtout été étudié en management et en économie (Baum, 2012 ; Glavas et al., 2023 ; Gacem et al., 2025) cependant les recherches sont principalement axées sur la communication corporative, la réputation et les stratégies de gestion de crise (Ewing et Lambert, 2019 ; Gomes-Gonçalves et al., 2022).

Sous l’effet de la multiplication des attaques informationnelles et réputationnelles, on observe, depuis 2016, que le sujet de la sécurité informationnelle se développe en parallèle de celui de la désinformation. La sécurité informationnelle doit être regardée comme une démarche organisationnelle visant à protéger le patrimoine immatériel (Larivet, 2006). Elle contribue à valoriser le patrimoine informationnel tout en impliquant des enjeux de culture et de gouvernance. Une sémantique peu stabilisée l’apparente à des concepts associés tels que « l’autonomie informationnelle » (Bulinge, 2022) ou « l’intelligence du risque » (Libmann, 2014). Ce concept s’inscrit dans le champ plus large de l’intelligence économique (Bulinge & Moinet, 2013 ;  d’Hennezel, 2017), et mobilise une approche interdisciplinaire, entre gestion stratégique et défense nationale.

Cette dynamique conjointe de désinformation et de sécurité informationnelle engendre des situations de crise et de paracrise dont les origines résident fréquemment dans la circulation de contenus fallacieux ou manipulés (Oukropec, 2025). L’enjeu scientifique consiste dès lors à analyser les généalogies des paracrises, leurs formes discursives et leurs modes de régulation, afin d’en dégager des principes d’anticipation et de prévention.

Les premières conceptualisations du phénomène (Coombs & Holladay, 2012 ; Coombs, 2023 ; Chen & Holladay, 2023) l’envisagent comme une forme intermédiaire entre crise et communication ordinaire, marquée par la médiatisation et la perte de contrôle du récit organisationnel. Ces perspectives ont été enrichies par des recherches empiriques menées dans les contextes anglo-saxons (Roh, 2017 ; Honisch & Manchón, 2020 ; Kampani, 2024), qui analysent les paracrises sous l’angle des risques réputationnels et des stratégies de réponse.

Dans l’espace francophone, les contributions demeurent encore dispersées. Les travaux de Boistel (2014) et Compin (2016) ont ouvert la voie à une réflexion sur les risques réputationnels et leurs effets sur la légitimité organisationnelle. Plus récemment, la thèse de Taillard (2025) a proposé une lecture renouvelée des désinformations de marque comme catalyseurs de paracrises. Enfin, les recherches d’Oukropec (2024, 2025) ont montré que les réponses organisationnelles aux épisodes de désinformation s’inscrivent dans une dynamique hybride — ni entièrement fictive, ni strictement rationnelle — mobilisant des stratégies de médiation, de résilience et de reconstruction de la confiance.

Ces sujets n’ont pas encore fait l’objet, dans la revue Communication & Organisation, d’un traitement unifié ou d’une véritable systématisation théorique. Depuis sa fondation, la revue a pourtant abordé, de manière indirecte, mais récurrente, des problématiques qui en constituent les prémices : le mensonge stratégique (1995), la rumeur et les bruits sociaux (1994), les risques réputationnels (2014, 2016), la responsabilité éthique (2016), la sécurité informationnelle et l’intelligence économique (1998), la culture informationnelle des organisations (Bullinge & Boutin, 2015 ; Liquète et al., 2017) la désinformation réputationnelle, visible à travers les pratiques de greenwashing (2012 et 2015) ou plus récemment (numéro 68 à paraître) les enjeux contemporains de la communication de crise. Ces différentes approches témoignent d’un intérêt constant pour les zones de tension entre vérité, discours et légitimité, en montrant comment les dispositifs de communication peuvent osciller entre transparence et dissimulation, authenticité et influence.

Le numéro 70 entend relier et confronter les notions de désinformation, de paracrise et de sécurité informationnelle. L’intérêt d’un tel dossier est de proposer une lecture intégrée des vulnérabilités organisationnelles à l’ère numérique. Tout d’abord, la désinformation agit désormais comme un facteur de désordre organisationnel, engendrant des paracrises qui exigent des réponses stratégiques. Ensuite, les organisations se trouvent au cœur d’un nouvel écosystème de vulnérabilité informationnelle. La défiance des publics, les dynamiques algorithmiques et la concurrence attentionnelle modifient en profondeur les modes de légitimation et de gouvernance. Enfin, la désinformation questionne les fondements mêmes de la communication responsable et de la culture informationnelle, deux piliers centraux des recherches contemporaines en communication des organisations (Liquette et al. 2017 ; Catellani, 2015). Une telle mise en perspective vise à penser conjointement les processus de dérégulation, de gestion du risque et de maintien de la confiance. 

Les contributions pourront s’inscrire dans les trois axes suivants :

Axe 1 - Désinformation, greenwashing, communication organisationnelle et réputation

L’étude des fake news constitue aujourd’hui une priorité mondiale. Le Forum économique mondial les classe parmi les menaces les plus pressantes à court terme, aux côtés des conflits armés et des catastrophes climatiques (Global Risks Report, 2025). Dans ce contexte de vulnérabilité informationnelle globale, les organisations se trouvent en première ligne face à la circulation de fausses nouvelles et à la défiance qu’elles alimentent.

Cet axe invite à analyser la manière dont les organisations sont confrontées à la désinformation — qu’elles en soient productrices, cibles ou médiatrices — ainsi qu’aux formes connexes de washing (green et social) qui fragilisent leur crédibilité. Il s’agit de comprendre comment la désinformation affecte la communication interne et externe, la construction de la confiance, la légitimité et la réputation des organisations dans des environnements médiatiques instables.

Les propositions pourront porter sur :

  •  la manière dont les organisations (entreprises, institutions publiques, ONG, collectivités) perçoivent, interprètent et catégorisent les phénomènes de désinformation qui les touchent directement ou indirectement
  • les discours, dispositifs et stratégies communicationnels mobilisés pour prévenir, corriger ou combattre la désinformation dans les organisations,
  •  les effets des fake news, du greenwashing et du socialwashing sur la qualité du lien entre organisations et publics
  •  l’impact des fausses informations sur la gouvernance organisationnelle, notamment sur la prise de décision, la transparence, la coordination interservices et la gestion des priorités stratégiques
  •  les formes de réponse élaborées par les organisations face aux désinformations : communication corrective, silence stratégique, engagement narratif, médiation communautaire, ou communication responsable
  • le rôle du community management dans la veille, la détection, la régulation des conversations et la restauration de la confiance au sein des espaces numériques
  • les dispositifs de veille, de fact-checking et d’authentification mis en place pour anticiper, prévenir ou traiter ces menaces informationnelles
Axe 2 - Les paracrises : stratégies organisationnelles et études de cas empiriques

Dans un environnement informationnel saturé, les organisations sont confrontées à des situations ambiguës et médiatisées, souvent amplifiées par la désinformation : les paracrises. Celles-ci se caractérisent par la perte de contrôle narratif, l’implication d’acteurs multiples et des effets réputationnels tangibles.

Cet axe invite à :

  • théoriser la notion de paracrise dans le contexte francophone : comment l’articuler aux théories de la communication des organisations et en quoi se distingue-t-elle des approches anglo-saxonnes ?
  • documenter empiriquement des paracrises observées dans des entreprises, institutions publiques ou associations : quelles formes prennent-elles, comment les acteurs y réagissent-ils et quelles stratégies (silence, correction, engagement, narration, mobilisation communautaire) se révèlent efficaces ?

Les contributions pourront ainsi éclairer la place de la responsabilité et de la confiance dans la gestion des vulnérabilités communicationnelles.

Axe 3 – Enjeux de sécurité informationnelle et approches communicationnelles dans les organisations

La littérature scientifique se concentre largement sur les dispositifs techniques et organisationnels destinés à garantir la sécurité au sein des institutions. Toutefois, la contribution des sciences de l’information et de la communication à la compréhension et à la construction de la sécurité informationnelle reste encore insuffisamment explorée. Cette proposition invite à interroger les fondements théoriques et méthodologiques susceptibles d’éclairer ce concept, en considérant la sécurité non seulement comme un ensemble de pratiques techniques, mais aussi comme un processus communicationnel et social.

Les questions suivantes seront soulevées :

  • Quels dispositifs de veille, de fact-checking, d’authentification de l’information ou de gouvernance informationnelle permettent de prévenir et de répondre efficacement à ces menaces ?
  • Comment les logiques de sécurité informationnelle et de résilience organisationnelle se construisent-elles dans des environnements instables et fragmentés ?

Les recherches attendues pourront mobiliser diverses approches et s’appuyer sur des études empiriques révélant comment les acteurs ou les organisations élaborent, négocient et incarnent la sécurité informationnelle dans les contextes professionnels. Il s’agit, en somme, de repenser la sécurité comme un construit collectif où les SIC jouent un rôle structurant dans la production de la confiance et du sens face aux vulnérabilités des organisations.

L’objectif de ce numéro est d’apporter un éclairage sur ces questionnements autour des trois axes afin de mieux comprendre la nature de la désinformation et les choix effectués par les organisations en contexte d’incertitude, de vulnérabilité et de paracrise. Nous invitons les auteurs et autrices en sciences de l’information et de la communication, mais aussi dans les disciplines connexes, à faire des propositions sur des approches empiriques, théoriques, conceptuelles ou méthodologiques, fondées sur des études de cas, des corpus médiatiques et organisationnels, des dispositifs de veille, des recherches-actions ou des comparaisons sectorielles. Ce numéro ambitionne ainsi de contribuer à enrichir la littérature actuelle dans le domaine francophone et international, en cherchant à identifier les points de convergence pour fonder un cadre théorique commun à ces phénomènes.

Modalités de soumission

Consignes de rédaction des propositions (résumés) :

  • 6000 caractères, espaces compris
  • Bibliographie non comptabilisée dans le nombre de caractères
  • Sur une page de garde : titre de la proposition, prénom et nom de l’auteur, université, laboratoire, adresse électronique, cinq mots-clés
  • Le résumé doit permettre de bien identifier la problématisation, le cadre théorique et conceptuel, la méthode, et les principaux résultats.

Les propositions seront déposées sur la plateforme de soumission de la revue : https://revues.u-bordeaux-montaigne.fr/cometorg/index,

avant le 12 janvier 2026.

Consignes de rédaction des articles définitifs :

  • 35 000 à 40 000 caractères, espaces compris, bibliographie comprise

Les normes de mise en page des articles définitifs sont accessibles en ligne sur le site de Communication & organisation 

La mise en forme finale selon les normes fournies conditionnera l’acceptation définitive de l’article.

L’évaluation des articles complets sera faite en double aveugle par le comité de lecture de la liste des membres du comité de lecture est accessible à l’adresse suivante : https://journals.openedition.org/communicationorganisation/5905#tocto1n2

Les propositions seront déposées sur le site de gestion éditoriale de la revue

Calendrier
  • Envoi des propositions sous forme de résumés : 12 janvier 2026
  • Retour aux auteurs de la sélection des propositions : 10 février 2026
  • Soumission de l’article pour évaluation en double aveugle : 10 juin 2026
  • Retour aux auteurs de l’évaluation par le comité de lecture : 15 juillet 2026
  • Remise de l’article intégral : 30 septembre 2026
  • Publication du numéro : décembre 2026
Coordinateurs du numéro
  • Ali Ahmadi est Maître de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne. Ses recherches se concentrent sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux, avec une attention particulière aux dynamiques de désinformation et aux pratiques de fact-checking. Il s’intéresse à leurs effets sur les pratiques médiatiques, sur les stratégies de communication des organisations et, plus largement, sur la reconfiguration de l’espace public.
  • Claire d’Hennezel est Maître de conférences en SIC à l’IUT Bordeaux Montaigne. Ses recherches portent sur l’intelligence économique en général et plus particulièrement sur les réseaux d’acteurs, d’individus, d’organisations sous un angle stratégique et avec une approche communicationnelle. Ses dernières publications s’intéressent en particulier aux réseaux de femmes entrepreneures.
  • Jindrich Oukropec est docteur en sciences de la communication et enseignant-chercheur à l’Université Charles de Prague. Ses travaux s’inscrivent dans le champ de la communication stratégique et visent à approfondir, par une approche empirique, la théorie de la paracrise. Auteur de plusieurs publications en anglais dans des revues scientifiques internationales, il bénéficie également d’une expérience professionnelle de plus de dix ans dans le domaine de la communication, tant en pratique qu’en contexte organisationnel.

CfP: Pratiques et représentations du collectif. Cultures et images lesbiennes (French)

3 months 2 weeks ago

Paris/France

Le groupe de recherche Cultures et images lesbiennes organise un colloque portant sur la place du collectif dans les représentations et pratiques au sein des cultures visuelles lesbiennes. Organisé sur deux jours, les 12 et 13 mai 2026 à Césure, il s’agira de donner la parole à des chercheur·euses dont les travaux portent sur les questions lesbiennes et contribuent à l’écriture d’une histoire sociale et féministe de l’art.

Argumentaire

Le collectif étant à l’origine de la création du groupe de recherche CIL, ce colloque ambitionne d’en questionner les usages et d’en révéler les possibles. Le collectif est ici considéré aussi bien comme un mode de création artistique que d’écriture de l’histoire de l’art. Si cette dernière a traditionnellement fait de l’artiste un génie, souvent individuel et masculin, l’histoire féministe de l’art a démontré que d’autres existences, d’autres pratiques et d’autres structures ont existé et sont possibles. Ce colloque souhaite interroger ces systèmes de création et d’historicisation, en explorant les modalités et ambivalences des pratiques et des représentations collectives féministes et lesbiennes à travers l’histoire de l’art. Les arts visuels sont ici entendus dans une compréhension large qui inclut les arts vivants, le théâtre et le cinéma.

S’intéresser aux pratiques et aux représentations du collectif permet d’inscrire les œuvres dans leurs contextes de création et de diffusion et de mettre ainsi en lumière des réseaux plus vastes, composés de créateur·ices et d’intermédiaires culturel·les comme les partenaires de travail, les diffuseur·euses ou les historien·nes de l’art. Ici, ce n’est pas tant la rareté des images lesbiennes qui nous intéresse, mais plutôt leurs occurrences et de les resituer dans une histoire de l’art globale. La question est de dépasser le voile de l’invisibilité et de s’intéresser aux apparitions avérées ou sous-jacentes de création lesbienne, en mobilisant des outils tels que ceux formulés par Adrienne Rich et Judith Benneth dans les années 1980 et 2000.

Le collectif est ici envisagé dans ses multiples possibilités et à travers les époques. Des incarnations mythologiques du groupe de femmes dans l’Antiquité – Bacchantes, Amazones – aux groupes de conscience des années 1960, en passant par les communautés religieuses du Moyen Âge – nonnes, béguines – le collectif peut être saisi dans ses diverses formes réelles ou imaginaires. La notion est ainsi comprise dans un temps long, sans restriction à une période spécifique, en ouvrant aussi la voie à une analyse critique de l’appropriation moderne de ses formes antiques et médiévales.

La conscience politique associée à la mise en collectif et sa réflexivité constituent une autre question centrale de ce thème, qui se déploie notamment au Moyen Âge à travers les corporations ou encore les communautés religieuses. Au XXe siècle, le collectif devient un organe essentiel des mouvements féministes et lesbiens qui s’inspirent des luttes antiracistes et de classe. Il s’y déploie alors une multitude de pratiques : œuvres à plusieurs mains, échanges théoriques entre créateur·ices, volonté d’anonymiser au profit de la reconnaissance collective, horizontalité fréquente des structures, workshops militants.

Le collectif peut également être appréhendé dans sa dimension réticulaire, en étudiant la façon dont les artistes interagissent entre elleux, se saisissent de lieux et d’institutions communautaires, s’appuient sur un réseau pour déployer leurs pratiques et leur carrière. Ici la pratique artistique se comprend comme une infrastructure complexe et intégrée dans une constellation plus vaste de relations.

Il s’agit aussi d’interroger les enjeux et difficultés du collectif : est-il possible et profitable de respecter un fonctionnement horizontal au sein d’un groupe et d’éviter la démarcation de certain·es individu·es ? La mise en collectif ne risque-t-elle pas d’occulter certaines identités alors susceptibles d’être discriminées ?

Enfin, ce colloque s’intéresse aux images de groupes afin d’étudier les manières dont le collectif a été représenté à travers l’histoire de l’art. La façon dont les corps s’articulent dans l’image revêt souvent une signification particulière qu’il est possible d’interroger au prisme des études lesbiennes. Il s’agit ici d’analyser les moyens visuels mobilisés pour figurer le collectif et d’appréhender les variables iconographiques pouvant signaler une communauté d’intention ou émotionnelle.

Si ce colloque fait appel aux méthodologies de l’histoire de l’art et des études lesbiennes, notre champ de recherche se construit également en lien avec les approches et études queer. Si la distinction des études lesbiennes en tant que champ disciplinaire à part entière est précieuse pour notre groupe de recherche, nous avons conscience que les approches queer peuvent élargir le spectre des modes d’existence et de relation, et se révèlent particulièrement stimulantes pour les périodes pré-modernes. Dans des mondes où les expériences de genre et de sexe ne sont pas construites autour d’un modèle binaire, le queer peut permettre de penser autrement la réalité des expériences affectives et érotiques. Les approches queer du collectif lesbien ou féministe sont donc encouragées afin d’enrichir nos perspectives

Nous précisons que, si le groupe Cultures et Images Lesbiennes a pour objectif d’étudier les questions lesbiennes au sein des cultures visuelles, les mots « femmes » et « lesbiennes » sont ici compris dans leur dimension la plus large et la plus inclusive, regroupant une grande diversité d’identités appartenant au spectre lesbien.

Axe 1. Représentations du collectif : enjeux, formes, (ré)interprétations

Cet axe propose de s’intéresser aux expressions visuelles du groupe et notamment du groupe de femmes comme un premier niveau d’appréhension du collectif. Il s’agit d’un motif récurrent à travers l’histoire des représentations, qui peut remonter à celui, immuable et quasiment ininterrompu pendant des siècles, des Trois Grâces. Que souhaite-t-on mettre en avant à travers ces groupes ? Quels rôles tiennent-ils dans les compositions à travers les contextes culturels ? Si ce motif a aussi été l’objet d’un regard ou d’un désir masculin, nous invitons ici à en proposer des relectures lesbiennes. L’objectif est de décaler le regard porté sur ces œuvres, non plus dans une perspective de male gaze, mais bien d’une réappropriation de ces images par d’autres spectateur·rices. Les représentations plus contemporaines de groupes réalisées par des artistes lesbiennes, comme les photographies de manifestations ou de communautés lesbiennes, constituent également des clés de lecture de ce premier axe.

Axe 2. Création en collectif : méthodes et expérimentations

Dans cet axe, il s’agit de se questionner sur les différentes méthodes mises en place par les artistes, amateur·es ou professionnel·les, afin de créer à plusieurs ou à partir du groupe. Ces mises en commun peuvent trouver des raisons diverses – en fonction des époques, des aires géographiques ou des contextes socio-politiques – que nous proposons d’explorer. Cet axe a pour objectif de penser les pratiques artistiques afin de retracer et réhabiliter les dialogues sous-jacents à l’existence d’une œuvre. Replacer un objet dans son contexte de production et au sein d’une constellation d’artistes permet de le comprendre dans sa dimension collective. Nous aimerions également interroger la place des muses et des modèles dans l’acte de création, considéré davantage comme un échange, ainsi que celle des personnes de l’ombre – ami·es, équipes techniques, conseiller·es artistiques et autres – qui participent activement à l’existence d’une œuvre. Ces différents aspects permettront de se demander comment la co-création peut bousculer les logiques d’auctorialité.

Axe 3. Cultures en partage : lieux et pratiques du commun

Cet axe propose de s’intéresser à la manière dont les réseaux communautaires et artistiques ont participé à la création de cultures et d’identités lesbiennes. L’acte de faire groupe ou faire en groupe peut-il être un outil pour mettre en lumière et en images les problématiques et identités lesbiennes ? Le collectif se crée et se structure selon différentes modalités : mise en œuvre de systèmes de monstration (espaces d’exposition), canaux de diffusion, de médiation et de dialogue (salons d’artistes, groupes officiels ou officieux), ou encore structures de création artistique (workshops ou ateliers partagés). Il s’agit ici de s’intéresser aux stratégies, aux essais et échecs vécus et éprouvés par les artistes pour créer en commun et créer du commun. Dans quelle mesure la création collective peut-elle être envisagée comme un tremplin pour les artistes ? Peut-elle devenir, a contrario, un risque d’effacement de l’individualité ?

Modalités de soumission

Nous proposons à chaque participant·e une intervention de 20 minutes sur un travail de recherche en cours ou achevé, accompagnée d’une présentation visuelle. Un temps d’échange est prévu à la suite de chaque intervention.

Envoyez un résumé de votre présentation à cil.recherche@gmail.com (environ 2000 signes),

avant le 1er février 2026. Organisation
  • Mathilde Arnau, doctorante contractuelle en histoire médiévale à Aix-Marseille Université (TELEMMe) en codirection avec l’EHESS (CRH)
  • Camille Senoble, doctorant·e contractuel·le en histoire de l’art à Sorbonne Université (Centre André Chastel)
  • Louise Toth, doctorant·e contractuel·le en études de genre à l’Université Bordeaux Montaigne (PLURIELLES)
Comité scientifique
  • Natacha Aprile (Centre André Chastel – Sorbonne Université) docteure en histoire de l’art moderne
  • Damien Delille (LARHRA – Université Lumière Lyon 2) maître de conférences en histoire de l’art contemporain, conseiller scientifique INHA
  • Charlotte Foucher (CRAL – CNRS) professeure HDR en histoire de l’art et directrice de recherches
  • Véra Léon (EMA – CY Cergy Paris Université & Alexander von Humboldt Stiftung – RPTU Landau) maîtresse de conférences en arts et sciences de l’éducation
  • Nancy Thebaut (Ste Catherine College – Oxford University) professeure associée en histoire de l’art médiéval
  • Frédérique Villemur (ENSAM – Université Paul Valéry Montpellier) professeure HDR en histoire de l’art moderne et contemporain

Seminar "Genre et féminisme en philosophie" (French)

3 months 2 weeks ago

Paris/France

Quels sont les apports de la pensée féministe à la philosophie ? Comment les grands thèmes de la philosophie ont-ils été investis et réinterprétés par la pensée féministe ? Quelles nouvelles thématiques sont saisies par la théorie féministe ? Ce nouveau séminaire confronte la difficile tension au sein de la philosophie féministe entre remise en question des concepts et des traditions d’une part, renouvellement des objets de pensée et des épistémologies de l’autre.

Présentation

Nous sommes ravies de pouvoir vous annoncer le programme de notre séminaire « Genre et féminisme en philosophie » qui fait suite au séminaire de l’année dernière « Perspectives critiques sur et dans la philosophie » et qui se tient comme l’édition précédente dans le cadre du Collège international de philosophie et au site Pouchet du CNRS par un partenariat avec le groupe GTM du Cresppa.

Quels sont les apports de la pensée féministe à la philosophie ? Comment les grands thèmes de la philosophie ont-ils été investis et réinterprétés par la pensée féministe ? Quelles nouvelles thématiques sont saisies par la théorie féministe ? Prolongeant le séminaire « Perspectives féministes critiques sur et dans la philosophie » qui s’est tenu au Collège International de Philosophie de janvier à juin 2025, ce nouveau séminaire reprend son cadre tout en l’élargissant à de nouvelles perspectives et approches. Il confronte la difficile tension au sein de la philosophie féministe entre remise en question des concepts et des traditions d’une part, renouvellement des objets de pensée et des épistémologies de l’autre. Parce qu’il existe un décalage entre la profusion des travaux réalisés dans ce domaine et leur faible visibilité dans les institutions académiques, nous avons voulu faire de ce séminaire un forum où rendre visibles ces propositions, mais aussi un atelier où travailler ces pensées pour en explorer la portée de rupture et les limites. Les communications s’inscrivent dans le champ de la philosophie féministe et des études de genre au sein du monde francophone contemporain, avec quelques ouvertures au-delà de ce contexte et un souci particulier pour les questions transdisciplinaires et intersectionnelles.

Programme Jeudi 5 février, 14-16h (heure de Paris), salle 124 Mara Montanaro - Expérimenter par les luttes une écriture féministe de la philosophie

Dans cette intervention je reviendrai sur les enjeux de mon dernier livre Théories féministes voyageuses. Internationalisme et coalitions depuis les luttes latino-américaines qui se veut une tentative de créer une écriture féministe de la philosophie enracinée dans les luttes. Il s’agira de montrer comment la philosophie peut être redéfinie par les théories féministes dans ses modes tant de réflexion que de fabrication de ses concepts, étant amenée par la philosophie féministe à repenser ses méthodes, ses objets conceptuels, et à mettre au jour ses impensés. Je me situe ici dans le cadre d’une philosophie eurocentrique relevant du corpus philosophique traditionnel. Afin d’éviter le double piège de la neutralisation du point de vue et de l’universalisation du savoir, et en suivant la philosophe Rada Ivekovic, je me propose de montrer comment penser le sujet comme figure centrale de toute action et de vie politique, qu’il soit un sujet individuel ou collectif, présuppose une histoire des idées et de la philosophie spécifique, locale, géographiquement circonscrite et située.

Mara Montanaro est philosophe, curatrice et militante féministe internationaliste. Elle est maîtresse de conférences HDR en philosophie de l’art et esthétique à l’Université de Picardie Jules Verne. Elle est notamment l’autrice de Françoise Collin. L’insurrection permanente d’une pensée discontinue (Rennes, PUR, 2016) et de Théories féministes voyageuses. Internationalisme et coalitions depuis les luttes latino-américaines (Montréal/Paris, Éditions de la rue Dorion, Éditions Divergences, 2023). Depuis juillet 2019 elle est directrice de programme au Collège internationale de philosophie.

Jeudi 19 février, 14-16h (heure de Paris), salle 124 Sofia Batko - Penser la rencontre entre psychanalyse et féminisme au tournant des années 1970

Au tournant de la décennie 1970, un mouvement féministe, à la fois intellectuel et politique, d’une ampleur inédite a secoué la France. Celui-ci s’est emparé des courants intellectuels de l’époque, parmi lesquels la psychanalyse, pour penser (et réaliser) l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles et de genre. Ce séminaire s’intéresse aux discussions que la psychanalyse et le féminisme ont entretenues dans le contexte français des années 1970. Il vise ainsi à montrer les enjeux de cette rencontre, à plusieurs égards éclairants pour l’un et l’autre de ces champs. Quelles sont les principales critiques que le féminisme des années 1970 en France a adressées à la théorie psychanalytique (réduction du sexuel à son expression « phallique », absence d’une pensée des relations entre femmes) ? Quelles inventions conceptuelles se sont alors produites dans ce contexte d’ébullition intellectuelle et politique pour pouvoir penser l’émancipation dans l’ordre du genre et de la sexualité ? Finalement, quels effets cet investissement à la fois intellectuel et politique de la psychanalyse par des féministes a-t-il produit en retour sur le champ psychanalytique français dominé à l’époque par le lacanisme ?

Sofia Batko (LEGS) est doctorante en études de genre - mention philosophie. Titulaire d’un master de philosophie de l’Université PSL et d’un master de psychanalyse de l’Université Paris Cité, sa thèse porte sur la réinvention de l’amour dans le féminisme français des années 1970, en particulier dans la littérature de Monique Wittig et d’Hélène Cixous, à partir d’une lecture de l’enseignement de Jacques Lacan. Ses recherches se situent à l’intersection de la philosophie et la psychanalyse avec un intérêt particulier pour les questions liées au genre et aux sexualités. Elle est l’autrice de l’article « Quelques pistes pour une relecture féministe de la figure de l’hystérique dans la psychanalyse » publié dans la revue Psychologies, genre et société.

Jeudi 12 mars, 14-16h (heure de Paris), en ligne Salima Naït-Ahmed - Faut-il repenser l’aliénation féminine à la lumière du concept de réification ? Une tentative de dialogue entre théorie sociale et théorie féministe

La philosophie féministe semble avoir privilégié le concept d’ « objectification sexuelle » pour penser la spécificité de l’aliénation des femmes. Ainsi, selon Catharine MacKinnon, pour les femmes c’est l’objectification qui est l’aliénation. Néologisme forgé dans le contexte de la théorie féministe anglo-saxonne, l’« objectification » renvoie à des traditions théoriques fortement marquées par la pensée beauvoirienne de l’aliénation et par l’interrogation morale kantienne du traitement instrumental d’autrui. Pourtant, le concept concurrent de réification, issu de la tradition sociale marxiste, pourrait tout aussi bien être mis à profit par le féminisme pour penser l’objectification sexuelle tout en la réintégrant à une théorie sociale plus vaste, contribuant ainsi à réduire le schisme qui s’est progressivement creusé entre la philosophie sociale et la philosophie féministe. C’est ce que propose cet exposé à partir d’une tentative de redéfinition féministe de la réification, inspirée par la théorie critique de Theodor W. Adorno. Le propos s’appuiera en partie sur la réflexion menée avec Marie Loslier-Simon et qui a donné lieu à deux notices (« aliénation » et « réification ») dans le Dictionnaire du genre en traduction : https://worldgender.cnrs.fr/categorie_notice/theorie-feministe/

Salima Naït Ahmed est chercheuse en philosophie sociale, spécialiste de théorie féministe et d’histoire des idées. Elle est actuellement collaboratrice scientifique à l’Université de Fribourg (UNIFR), également membre associée de l’unité de recherche « Mondes allemands » de l’Université Paris 8 Vincennes Saint Denis. Ses travaux portent sur l’apport de l’École de Francfort et de la pensée d’Adorno au renouveau du féminisme et de l’antiracisme, ainsi que sur la généalogie de l’antisémitisme et du sexisme modernes dans les discours de l’anthropologie naturaliste des Lumières francophones et germanophones.

Jeudi 26 mars, 14-16h (heure de Paris), salle 255 Rada Iveković - Une approche féministe de l’épistémologie

Une épistémologie féministe à construire pour tout.es passe aussi par des comparaisons théoriques transcontinentales pour ne pas dire transculturelles, et un témoignage politique personnel. Une approche féministe ne peut qu’être bien assise politiquement, portant aussi sur la traduction, et devrait nous orienter dans le choix des logiques à observer et des disciplines à visiter, selon les différents découpages par langues. On ne pourra ni élargir ni ouvrir le contexte en se limitant à la francophonie, ou à un quelconque « nationalisme linguistique ». Ce dernier terme est, d’ailleurs utilisé à la place du simple terme « nationalisme », dans les pays où le concept de nation englobe toutes les langues qui y sont parlées et écrites (Inde). On y étudie les politiques de la traduction ou du rapport entre les langues, par un biais féministe en intersection entre nation et langue/traduction. Par exemple, la Suisse est alors un pays et une nation plurilingue, et non un pays bi-national comme la Belgique, ou plurinational comme a pu l’être la Yougoslavie. La présentation navigue entre philosophie, politique et linguistique/traduction.

Rada Iveković est philosophe et indianiste, ancienne de l’Université de Paris-8 et du Collège international de philosophie. Elle a commencé sa carrière au Département de philosophie de Zagreb (Yougoslavie), pour la continuer en France à partir de 1991. Elle a également exercé et fait de la recherche à de nombreuses université de différents continents, et en particulier d’Asie (Inde, et divers pays du sud-est asiatique). Elle est l’autrice de Politiques de la traduction. Exercices de partage (Paris, TERRA H-N, Collection « Alter ego » 2019 http://www.reseau-terra.eu/article1426.html) et de Migration, New Nationalisms and Populism. An epistemological perspective on the closure of rich countries (Birkbeck Law Press, Routledge, Londres 2022).

Jeudi 9 avril, 14-16h (heure de Paris), salle 221 Ombre Tarragnat - Féminismes posthumanistes et néomatérialistes dans le contexte francophone : circulation partielle, résistances persistantes

En plein essor dans les espaces anglo-saxon, scandinave, indien et latino-américain, les féminismes posthumanistes et néomatérialistes peinent encore à s’enraciner dans l’espace francophone, à l’exception notable du Québec. Après la vague d’intérêt suscitée dans les années 2010 par l’œuvre de Rosi Braidotti – pourtant héritière d’une tradition philosophique française – le champ semble s’être heurté à un plafond de verre. Si le posthumanisme est désormais passé dans le langage commun, sa déclinaison féministe, en opposition au transhumanisme, demeure largement méconnue. Cette communication propose d’interroger les conditions de cette réception-traduction différée, entre circulation partielle et résistances persistantes. On peut y voir l’effet conjugué de la redécouverte de la tradition écoféministe, de la prégnance durable du féminisme matérialiste, de la montée du féminisme antispéciste, ainsi que des limites de l’horizon politique que dessinent les pensées posthumanistes elles-mêmes.

Ombre Tarragnat est doctorant·e en philosophie à l’EHESS. Sa thèse, intitulée « Autisme et animalité. Vers un tournant plus-qu’humain et plus-que-neurologique dans les études de la neurodiversité » s’appuie sur les études animales critiques, le féminisme posthumaniste et l’éthologie philosophique. Ombre est membre de l’équipe de coordination du Posthumanities Hub (Linköping, Suède). Ses travaux ont été publiés dans Minority Reports : Cultural Disability Studies, Sextant – Revue de recherche interdisciplinaire sur le genre et la sexualité, ou encore TRACE \ Journal for Human-Animal Studies. Ombre coordonne actuellement des projets éditoriaux sur la neurodiversité, le genre et le posthumanisme.

Jeudi 7 mai, 14-16h (heure de Paris), salle 124 Marta Segarra Montaner - Perspectives plus-qu’humaines et études de genre

La pensée féministe a été depuis longtemps en rapport avec des perspectives écologiques au-delà de l’humain (dont témoigne la notion d’écoféminisme élaborée par Françoise d’Eaubonne déjà dans les années 1970). Cependant, depuis deux décennies, on peut parler d’un tournant posthumain – appelé aussi, plus récemment, plus-qu’humain – de certains courants dans le féminisme. Des philosophes comme Val Plumwood, Donna J. Haraway, ou Vinciane Despret dans le domaine francophone, ont cultivé tout spécialement le rapport entre l’humain et l’animal, en rapport avec le genre. À partir de la fiction littéraire, Hélène Cixous élargit cette perspective, l’étendant à d’autres formes de vie (le végétal, notamment), jusqu’à mettre en question la limite entre le vivant et le non-vivant, à l’instar du nouveau féminisme matérialiste (Karen Barad, Vicki Kirby). Nous nous demanderons quel est le rapport de ces perspectives avec le genre et les féminismes.

Marta Segarra est directrice de recherche au CNRS, au Centre de recherches sur les Arts et le langage-CRAL (CNRS/EHESS), et a été professeure d’études de genre à l’Université de Barcelone. Ses recherches actuelles portent sur des questions de biopolitique et de posthumanisme. Parmi ses derniers livres : Humanimaux : où placer les frontières de l’humain ? (2024), Comunidades con acento (2021), El món que necessitem / The World We Need (avec Donna Haraway, 2019). Elle est l’éditrice du Séminaire d’Hélène Cixous.

Jeudi 21 mai, 14-16h (heure de Paris), salle 124 Pauline Clochec - L’abstrait et le concret en philosophie féministe.

Lorsqu’une philosophe aborde le féminisme, elle ne créée pas ex nihilo ses propres objets mais trouve déjà-là des questions concrètes constituées par le féminisme en tant que mouvement social. C’est sa participation à ce mouvement qui lui fournit ces objets, au moins comme points de départ, ainsi qu’une théorisation déjà opérée du dehors de la philosophie académique. Or, la concrétude de ces objets paraît trancher avec l’abstraction qui fait – à tort ou à raison – le propre et la réputation particulières de la philosophie. Cette abstraction met en difficulté cette dernière face, d’une part, à la concrétude des questions féministes portée par le mouvement social, et, d’autre part, à d’autres sciences humaines et sociales souvent plus massivement investies dans l’activité de théorisation liée au mouvement, notamment la sociologie. Cette difficulté pose la question de la manière dont le féminisme affecte la philosophie et la fait évoluer, à la fois par son inscription pratique et par l’articulation interdisciplinaire que doit occasionner cette inscription.

Pauline Clochec est maîtresse de conférences en philosophie morale et politique à l’Université de Picardie. Elle est spécialisée en philosophie allemande et en théorie féministe. Elle a notamment codirigé Théoriser en féministe, Matérialismes trans et publié Pour lire L’Essence du christianisme de Feuerbach et Après l’identité.

Jeudi 4 juin, 14-16h (heure de Paris), salle 124 Marie Garrau - De la politique de la différence à la politique de coalitions : penser les fondements et les difficultés de l’alliance à partir d’Iris M. Young

Iris M. Young est connue pour avoir élaboré une conception de la justice sociale visant à répondre aux deux problèmes de la domination et de l’oppression. Cette conception se traduit dans ce qu’elle nomme une politique de la différence. Cette politique, qui suppose notamment la démocratisation de toutes les sphères de la vie sociale et l’instauration de mécanismes de représentation des groupes opprimés dans les institutions décisionnelles, n’est cependant pas autonome : elle repose sur l’existence de coalitions ou d’alliances entre les groupes dominés et opprimés, à la fois au sein des institutions politiques et en dehors des institutions politiques, dans le cadre des mobilisations pour la justice sociale. En revenant les textes de Young de Justice and the Politics of Difference (1990) à Responsibility for Justice (2011), on cherchera à identifier ce qui constitue selon elle les raisons, les figures et les difficultés des pratiques d’alliance, et on mettra en lumière l’intérêt de sa réflexion pour penser les formes présentes et à venir que pourraient prendre l’agir et la politique féministes.

Marie Garrau est maîtresse de conférences en philosophie sociale et politique à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chercheuse rattachée à l’ISJPS. Ses travaux récents se concentrent sur les injustices épistémiques et sur les conceptions de l’alliance dans les pensées critiques contemporaines. Elle prépare actuellement un livre sur la philosophie de Iris M. Young. Elle a notamment publié Politiques de la vulnérabilité (CNRS Éditions, 2023) et codirigé avec Mickaelle Provost, Expériences vécues du genre et de la race. Pour une phénoménologie critique (Éditions de la Sorbonne, 2021), et avec Magali Bessone et Cécile Lavergne, Trajectoires de l’injustice épistémique (Éditions de la Sorbonne, à paraître en 2026).

Organisation

Cornelia Möser et Camille Froidevaux-Metterie

Informations pratiques

Lien de connexion : https://webinaire.numerique.gouv.fr/meeting/signin/invite/69852/creator/40583/hash/3df41b986fb4bc579dfa2fb9d8ffec58cb557c8d

Colloquium "Comptabilité et action publique. Rendre (des) compte(s)" (French)

3 months 2 weeks ago

Paris/France

Outre les héritages de l’Ancien Régime et de la Révolution, c’est surtout depuis la Restauration que la comptabilité publique permet de collecter, classer et contrôler les données budgétaires et comptables. D’un instrument de contrôle et de reddition, elle a progressivement évolué, au gré des réformes, vers un outil de pilotage et d’aide à la décision documentant la situation financière du secteur public et alimentant l’évaluation des politiques publiques. Souvent réduite à une dimension « froide » et technique, la comptabilité publique constitue au contraire un outil opérationnel pour appréhender différentes réalités économiques et sociales et tenter d’agir sur elles.

Présentation

La 24e édition des Rencontres internationales de la gestion publique (RIGP) aura lieu le jeudi 8 janvier 2026 au Centre de conférences Pierre Mendès France des ministères économiques et financiers. Ces rencontres porteront sur le thème « Comptabilité et action publique : rendre (des) compte(s) ».

Outre les héritages de l’Ancien Régime et de la Révolution, c’est surtout depuis la Restauration que la comptabilité publique permet de collecter, classer et contrôler les données budgétaires et comptables. D’un instrument de contrôle et de reddition, elle a progressivement évolué, au gré des réformes, vers un outil de pilotage et d’aide à la décision documentant la situation financière du secteur public et alimentant l’évaluation des politiques publiques. Souvent réduite à une dimension « froide » et technique, la comptabilité publique constitue au contraire un outil opérationnel pour appréhender différentes réalités économiques et sociales et tenter d’agir sur elles. Ces RIGP s’intéresseront donc à la manière dont les normes comptables ainsi que leurs transformations dans le temps ont influencé le pilotage de l’action publique, jusqu’à aborder les thématiques comptables les plus récentes comme la comptabilité verte ou le nouveau régime de responsabilité financière des gestionnaires publics.

Les RIGP sont chaque année une occasion privilégiée d’échanges entre praticiens de l’action publique et chercheurs, français et étrangers, faisant une grande place à la dimension comparative. Lieu où confronter des points de vue, la journée est organisée autour d’une conférence introductive, d’entretiens, de débats et de tables rondes.

Programme Jeudi 8 janvier

9 h/9 h 15 : Mot d’accueil et ouverture

9 h 15/10 h : Conférence inaugurale

Comptabilité et action publique : un aperçu historique

Intervenant

  • Sébastien Kott, professeur des universités en droit public et délégué à la stratégie de recherche de l’INSP

10 h/10 h 15 : Pause-café

10 h 15/11 h 30 : Table ronde 1

Rendre compte de l’action publique par les comptes

Intervenant.es

  • Amélie Verdier, directrice générale des Finances publiques des ministères économiques et financiers
  • Rouba Chantiri, maîtresse de conférences en sciences de gestion à l’université Paris-Dauphine
  • Eugenio Caperchione, professeur de management public et de comptabilité publique à l’université de Modène et Reggio Emilia

11 h 30/12 h : Entretien

Une nouvelle responsabilisation des gestionnaires publics ?

Intervenante

  • Céline Husson-Rochcongar, maîtresse de conférences en droit public à l’université de Picardie-Jules Verne et directrice de la recherche de l’INSP

12 h/13 h 15 : Pause déjeuner

13 h 15/14 h 45 : Table ronde 2

Les comptes, outil pour plus de transparence de l’action publique ?

Intervenant·es

  • Paul Hernu, conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes
  • Robert Ophèle, président du collège de l’Autorité des normes comptables
  • Evelyne Lande, professeure des universités en sciences de gestion à l’université de Poitiers
  • Fabienne Colignon, cheffe de mission expérimentée au Conseil de Normalisation des Comptes publics 

14 h 45/15 h 15 : Entretien

Quelles actualités de la normalisation comptable publique en France ?

Intervenante

  • Marie-Christine Lepetit, présidente du Conseil de Normalisation des Comptes publics 

15 h 15/15 h 30 : Pause-café

15 h 30/16 h : Débat/échange

Verdir l’action publique par les comptes ?

Intervenants

  • Sébastien Roux, directeur du programme des comptes nationaux augmentés, Insee 
  • Alexandre Rambaud, maître de conférences en sciences de gestion à AgroParisTech

16 h/16 h 30 : Grand témoin

Intervenant

  • Michel Prada, directeur de la comptabilité publique de 1978 à 1985, puis du budget de 1985 à 1988, président de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) de 2003 à 2008 et président du CNoCP de 2009 à 2024.

16 h 30 : Clôture 

Informations pratiques

Inscription gratuite mais obligatoire à l’adresse suivante : https://catalogue.igpde.finances.gouv.fr/2127-24emes-rigp-comptabilite-et-action-publique-rendre-des-comptes.html 

Un tutoriel est disponible : https://cdn-media.web-view.net/i/xxawssuc/Support_inscription_evenement(1).pdf ?v =1764167026 

Une pièce d’identité sera demandée à l’accueil du ministère pour accéder à l’événement.

CfP: “Political Activism and material culture: definitions, practices, periodisations. A dialogue between researchers, archivists and museum curators” (ACTIVATE WP3 Workshop #1)

3 months 2 weeks ago

Date | Location: May 4-5 2026 | University of Padua and online

This workshop aims at bringing together academic, archival, museum partners with specific expertise on the relationship between politics and material culture. In recent decades, historiography has undergone a 'material turn' that has led to a less asymmetrical focus on the relationship between human and non-human, in particular objects and artefacts. This has produced new perspectives on the construction of social identities, the experiences of consumption and the trajectories of everyday life. At the same time, less attention has been paid to the “material history of politics” focusing on objects as key elements of political mobilisation. From the late 18th century revolutions to the recent Gen Z protests in Nepal, Philippines or Madagascar, the process of politicisation has been expressed through 'disobedient' objects, capable of evoking, striking and provoking in a politically significant way. Physical objects can play all sorts of roles in collective action, as we have seen in many recent movements, where material participation has been particularly widespread and important. The main objective of this workshop is to look at the history of militant culture by focusing on a scarcely developed aspect: the link between political experience and material culture. It aims to do so by promoting close cooperation between researchers and those involved in collecting, cataloguing and exhibiting such documentary material.

Workshop topics
1) Definition of political/militant objects
How to define political objects from the perspective of historians, archivist and museums? What makes an object political, and specifically militant? What objects has political activism imagined and used in its long history, stretching from the age of revolutions to the present day? This question is particularly interesting in relation to objects that do not appear political at first glance. Are objects like Annemarie Renger's dancing shoes or Margaret Thatcher's handbags political objects? Bras and false eyelashes are certainly not political objects, but they became so in the feminist struggles of the 1970s. The issue is closely linked to the uses and practices that these objects generate from time to time and to the different forms of material participation that they entail, even in everyday life. It allows us to reflect on different chronologies and phases of political activism, focusing on four themes: revolutionary movements; feminisms; environmental struggles; international solidarity.
A definition of political objects should go beyond time periods and materiality and also address the political dimension of everyday objects.
2) History and methods of collecting militant objects
Since the late 18th century, revolutions and protests, as well as party and grassroots mobilisations, have shown that social and political activism often leads to the preservation of material objects bearing witness to the engagement of individuals, groups, and associations.
Archives, like historiography, have so far focused more on written holdings than 3-D objects and are now facing a new challenge. Museums, especially historical ones, are certainly more accustomed to collecting objects, especially those with recognized historical-artistic value. Yet political and militant objects often lack such value. How were collections formed that related to activism? Where, by whom, and for what purposes were they kept? When were they turned into heritage? What country-specific differences exist with regard to the history of collecting militant objects?
3) Cataloguing and preparing metadata
Objects need to be catalogued for making them accessible to research. Therefore, questions about cataloguing and enriching metadata a central: How can a political object be described – WHAT is an object, HOW is it catalogued, and HOW does it fit into archive/library and museums structures? How do museums and archives identify and record political objects in their collections? What parameters are used to define political objects, and how is this reflected in the metadata? Which (national) standards such as ministerial requirements for metadata standards for object cataloging are used at the respective institutions that are applied during cataloging and what perspectives and problems arise due to the different nature of the description: use of data fields and how do they correspond to standards known from the archival sector, are there interfaces?
4) Preserving, reproducing, and enhancing material sources
How should different materials be handled? Paper is generally patient when stored properly, but how should fragile materials such as textiles, which are not made to last forever, be handled? Different materials place different demands on packaging, climatic conditions, and storage. Archives and museums face the challenge of preserving these materials in the long term. Dealing with objects that are irrevocably subject to decay is also a challenge that particularly affects AV materials and forces many institutions to act. Digitization is not a solution to this problem, but a resource that gives objects a second life and new uses, providing novel means of access, consultation, interpretation, and valorization. To date, militant objects have rarely been central to heritage valorization projects: thus, beyond their potential to renew historiographical narratives, they also promise to reshape how archives and museums present their collections and narrate their history.
We encourage researchers, archivists, and museum curators to submit papers addressing these topics either from a theoretical and methodological perspective or by presenting specific case studies or experiences.
Please submit your proposal, with a maximum of 3,000 characters including spaces, along with a brief CV, by 28 January 2026 to this email: activatewp3@gmail.com

About the project
The workshop is part of the project “ACTIVATE: The activist, the archivist and the researcher. Novel collaborative strategies of transnational research, archiving and exhibiting social and political dissent in Europe (19th-21st centuries)”. Launched in January 2025 ACTIVATE fosters in a 4-year initiative intersectorial and interdisciplinary collaboration through the international research cooperation of academic and nonacademic institutions across Western, Central and Eastern Europe. The project’s objective is to develop innovative methodologies and new knowledge as well as share best practice between researchers, archivists, curators and public educators through a reflective approach on social and political dissent in a long-term and comparative perspective. ACTIVATE partners will share their expertise and best practice on material, audiovisual and born-digital documents as well as data. ACTIVATE strives for new synergies between academic research and heritage institutions, fostering better knowledge, integration and promotion of dispersed cultural heritage, which European democracies need to preserve with care. The project receives funding from the European Union’s Horizon 2023 research and innovation program under the Marie Skłodowska-Curie grant agreement No 101182859. Further information about ACTIVATE is available at https://activate-horizon.eu/

Organizing Committee
Carlotta Sorba (University of Padua)
Anja Kruke (Friedrich Ebert Foundation)
Laura Valentini (Friedrich Ebert Foundation)
Alessio Petrizzo (University of Padua)

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2 hours 26 minutes ago
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